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 Recueil divers

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Vous commencez à me connaitre, nan?

Messages : 850
Date d'inscription : 02/08/2014
Age : 22



MessageSujet: Recueil divers   Mer 12 Nov - 0:25

Tous les textes ici présents sont écrits en fonction de thèmes imposés dans le cadre de défis, qui seront mentionnés.

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Défi : Ecrire un texte contenant les mots : Enjeu, pitoyables, lèvres, vide, subir, poussière, passage, trembler, hache, pire

Jack Vessalius.... The Ripper !

Je déambulais avec peine dans la forêt à l'entour du lac où j'appréciais me baigner. La vigueur que me procurait l'énergie du sang de mes victimes que j'avais dilué dans cette étendue d'eau, je ne pouvais plus m'en passer. Je décidai de m'y replonger une nouvelle fois. Trouverait-on curieux de me voir traîner en ce lieu actuellement dangereux, me soupçonnerait-on ? Quoique parfois, je sentais l'étau se resserrer, dans ce lac je perdais toute notion des enjeux.

Au fond, je redevenais presque comme tout le monde ici. Je n'étais plus Jack en proie à cette instabilité, à traquer, pister et fureter, m'avancer au seuil des maisons ou sur le quai d'un métro avec une personne isolée, et faire ces mêmes mouvements amples mécaniques, la hache à la main, pour finalement regarder, avec l'expression d'un enfant disant à la maîtresse "je n'ai pas fait exprès", une tête tomber et un corps étêté s'y étendre à côté. Et j'adorais ce sentiment.

Tout cela était bien beau, mais je ne parvenais pas à trouver la "sensation parfaite". Cette sorte de saint-Graal du tueur en série. Ce dont j'étais sûr, c'était que le victime devait être sans histoire, et que je n'eusse aucun mobile pour la tuer. Je devais la choisir de telle sorte qu'il soit dangereux pour moi de m'y attaquer. Trembler soudainement en commettant l'acte, risquer de perdre le jeu du chat et de la souris avec la police. Être démasqué et tomber en captivité, là où je ne pouvais écourter l'existence de personne. C'était pour moi comme devenir poussière. Le risque est presque aussi excitant que l'acte lui-même.

Dans cette recherche, je pressentais l'installation de cette sensation de routine, conduisant à l'ennui. Il n'y avait rien de pire que cette sensation. Perdre le goût de tuer et laisser cette ville dans un océan de sûreté. Voir ces gens oisifs et pitoyables, ne plus rien subir. A ce stade de la nuit, je rentrais chez moi a priori. Cependant, j'aperçus un passage puis une ombre qui se promenait d'un mur à l'autre de l'entrée. Une occasion de briser l'habitude. J'adorais faire l'analogie avec le mouvement de cette même personne tombée entre mes griffes, qui se débat. Le crime parfait serait qu'il s'agisse d'une jeune enfant. Je lui prendrais plus d'années à vivre, je susciterais encore plus l'indignation de ces marionnettes à émotions, qui pestent et crient aux orfraies sous les ordres des titres de la grande presse. Mais j'aimais la presse car tout de même, elle parlait de moi. Tant mieux pour leur argent, tant mieux pour moi. J'étais tout ce qui importait.

Je m'avançai subrepticement. Ma déception fut abyssale quand je fis le constat que l'endroit était complètement vide. J'avais peut-être confondu avec l'ombre d'un chat, mais s'attaquer à un chat n'était pas drôle. J'aimais les éventrer à l'âge de douze ans, mais aujourd'hui j'en avais dix-sept et c'était objectivement une cible de gosses. Les petites filles, je n'avais jamais essayé. L'entendre crier sa mère, la voir remuer ses lèvres pour susurrer ce qu'elle pouvait, pendant une strangulation longue et éprouvante...

Je fus soudainement pris d'un douleur atroce dans l'omoplate gauche. Quelque chose m'avait été planté violemment. Je tentai de me retourner et aperçus une ombre. Avant de m'apercevoir de qui cela pouvait bien être, je tombai vers l'avant et restai étendu. Je ne pus entendre qu'une seule phrase.
"C'était vraiment... le crime parfait."
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Il vous faudra entrer dans la peau d'un hypperréaliste.
Plus clairement ; vous devrez détailler au maximum une action ou une description sur une toute petite portion de temps.
Le thème est l'horreur.

L'entretien d'embauche

J'ouvris la porte grinçante et mis un temps fou à la refermer, tétanisée par le bruit que je venais d'entendre. J'étais peu à l'aise à l'oral et redoutai cet énième entretien d'embauche, mais ce qui m'attendait était à des années-lumière de toute mon imagination.
Derrière le bureau se tenait tout un festival sanguinolent que nul être rationnel ne pouvait concevoir dans ses cauchemars les plus sombres. Je tentai en vain de m'approcher de la chaise qui me semblait destinée - si désespéré de décrocher un poste après trois ans de recherche, réduite à me jeter dans n'importe quelle gueule de loup - mais il m'était impossible de faire autre chose que de scruter la "bête immonde" qui arqua un sourcil à la vue de l'être chétif que j'étais. Ses yeux gris clairs à taches dorés vacillaient dans leurs orbites de colère inexpliquée, ceux-là même se couvrant de ce mouvement de bulles liquides se formant et éclatant à la vitesse de l'eau en ébullition. Ce mélange de sécrétion oculaire avec le pus sortant de son visage, plus densément à mesure que l'on s'approchait de son nez, où plutôt ces orifices dissymétriques qui en faisait office, commença à tomber de tous les côtés de son corps. Ce dernier, fait de roche argileuse clairsemée de geysers dont était issue une substance gluante noirâtre,  se mélangeait avec le reste pour former un mélange irisé qui se déversa soudainement sur le sol. Elle agitait deux intestins grêles enduits d'huile de tournesol qui faisaient office de guirlande sur des squelettes à moitié décomposés. L'odeur de renfermé des placards ouverts à chaque coin de la salle opposé à l'endroit où j'étais me parvenait très nettement.
Cela faisait désormais quatre secondes que mon pied droit était entré en contact avec la moquette de cette pièce. Le "plic", "ploc", et autres onomatopées inquiétantes des sécrétions en ébullition créaient une ambiance de sensations terrifiante en se couplant aussi soudainement qu'un dixième seconde avec une odeur insoutenable de vomi dilué dans de l'essence. Chaque marque de rugosité de la peau de la bête implosa subitement vers son centre et éclata dans un bruit assourdissant pour projeter dans tous les recoins de la pièce une quantité littéralement astronomique de liquide visqueux. Personne n'aurait pu me voir projetée sur le mur, à une vitesse rendant le son ridicule. Dieu seul pourrait vous narrer chaque parcelle de mon petit corps s'affaissant sur mes organes par une projection d'une force capable de détruire les murs de la salle, le tout s'écrasant sur mes organes, mon squelette, mes muscles, mes boyaux. Mon sang n'avait, sous la pression phénoménale du liquide dans toute la salle, pas d'autre possibilité que de suivre le courant et d'être impliqué dans des réactions chimiques explosives avec la substance inconnue. Ces dernières dévasteraient tout l''étage de cette section du bâtiment.
"Jeune ... fille ... vous ... auriez ... dû ... lire ... le ... panneau ... dit la bête sur le ton d'un râle. D'après ... les ... dernières ... études ... trois ... secondes ... d'espérance ... de ... vie ... dans ... cette ... salle ... vous ... êtes ... si ...  chanceuse.
J'ai payé cher le fait de m'être trompé de porte...
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Votre texte devra être une nouvelle ou un creepypasta, lié à l'esprit d'Halloween. Deux contraintes vous seront posées : on vous enverra une image et un nom d'objet. Vous vous inspirerez de l'image pour écrire votre texte, et l'objet devra y figurer.

(la photo que j'ai reçue sera incluse dans le texte et l'objet est (fil et aiguille)

De fil en aiguille

Elle s'appelle Claudia. Elle a trente-trois ans. Tous les matins de la semaine, elle se rend au lycée pour donner des cours d'anglais à des élèves de terminale littéraire. Son boulot la passionne et la dévorerait presque de son plein gré. En effet, elle s'investit de tout son être dans ce travail, pour une classe formidable, délaissant toute vie sociale. Ce fait n'est pas important, c'est pour elle une fatalité. Elle n'a jamais compris durant toute sa vie comment se comporter avec les autres. Dans sa jeunesse, elle sortit brièvement avec un homme mais tout capota. Elle passa vite à autre chose, de toute façon elle ne l'aimait pas. Aimer... elle ne sait pas comment faire. Si on lui demandait, elle rétorquerait peut-être qu'elle a besoin d'un mode d'emploi. Ne vous imaginez pas qu'elle vivait mal de la sorte. Elle lisait, écrivait, étudiait en autodidacte et suivait ses émissions préférées. Mais peu souvent cela dit ; la plupart du temps elle prépare ses cours d'anglais. Elle avait vécu une enfance et une adolescence que chacun d'entre nous aurait subies de tout leur poids. Mais elle n'en ressent rien de particulier. Elle se laisse voguer par le cours de la vie. Rien de spécial ne la rend heureuse. Elle avait un salaire pour manger, se loger, acheter des livres, et puis cela suffisait. J'oubliais... elle adore donner ses cours d'anglais, c'est le moment de joie dans sa vie.

Ses bien curieuses caractéristiques évoquées ci-dessus, tous ceux qui la connaissent le savent. Sa famille, ses voisins, ses collègues, qui la voient comme une personne simplement étrange, voire lunaire. D'aucuns disent éventuellement « qui n'a pas la lumière dans toutes les chambres ». Cependant elle parvient, quoique toujours plus difficilement, à cacher un secret plus lourd. Très fréquemment dans la journée, son emploi du temps semble se « trouer ». C'est quelque chose que j'aurais beaucoup de mal à expliquer. Elle vit un instant et sent le temps de celui-ci s'écouler puis subitement se retrouve autre part. Cela n'a rien d'une sensation d'endormissement puis de réveil. Elle se retrouve, debout, dans la position la plus normale possible, dans un rayon d'à peine quelques mètres de l'endroit précédent. Généralement, elle regarde sa montre, cet objet pour elle si précieux, qu'elle ne quitte jamais, ni même quand elle dort où qu'elle se douche, et elle calcule. Combien de temps s'est écoulé cette fois ? Vingt minutes. Parfois trente, quarante. Le pire fut une heure et quatre minutes. Cette fois-là elle fut choquée de la différence de luminosité soudaine à cause de la nuit qui tombait.

Ca lui arrive à peu près trois à quatre fois par jour. A n'importe quel moment, sauf pendant qu'elle donne un cours d'anglais. Parfois seule, parfois en présence d'autres personnes. Alors dans ce cas elle ne comprend pas comment cela se peut et elle demande ce qui est arrivé, si la personne est restée dans la même pièce le temps de ce « trou temporel » dont seule Claudia a conscience. Ou bien, si la personne est partie durant ce laps de temps, elle lui demande en la revoyant le lendemain. Toujours le même genre de réponse, insupportable tant elle est systématique : « Mais de quoi parles-tu donc ? ». Tu faisais ceci, tu faisais cela, répondent-ils sans cesse, en citant l'action qu'elle vient d'accomplir juste avant ce « trou », comme s'il n'existe pas. Pourtant, il existe sans aucun doute possible. Tout ce qui mesure le temps avance alors de plusieurs dizaines de minutes, les horaires changent effectivement. S'il lui restait trois quarts d'heure avant le prochain cours, après ce « trou », il ne commence plus que dans vingt ou dix minutes. Mais de manière curieusement constante, elle ne se retrouve jamais à l'heure où le cours d'anglais a effectivement commencé. Maintenant, Claudia ne demande plus rien à personne, comme si de toute façon quelqu'un daignerait lui répondre. Son cas est tranché, elle est folle. Comme on dit, elle n'a « pas la lumière dans toutes les chambres ».

Claudia a trente-cinq ans maintenant. Elle est encore et toujours une professeure d'anglais passionnée et investie. Mis à part cela, elle se laisse porter par la vie. Cependant, au bout d'un moment, cela commence à suffire : elle supporte moins bien qu'avant sa pathologie. Que s'est-il passé ? Claudia ne peut pas déprimer, elle n'a pas plus de sentiments qu'une marionnette, mis à part pour ses chers élèves. En principe, son cas est sans importance pour elle, les choses sont comme elles sont. Un soir d'hiver, Claudia rentre du lycée chez elle, conduisant en pleine nuit dans sa voiture, chose assez inhabituelle : deux ans auparavant, un « trou temporel » survint alors qu'elle se trouvait au volant. Elle se réveilla vingt minutes plus tard, la voiture complètement renfoncée qui s'était écrasée sur une grosse pierre au bord de la route. Le pare-choc tenait comme il pouvait, on pouvait en voir l'extrémité droite légèrement se décoller. Claudia s'était réveillée en train de suffoquer derrière l'airbag, deux ou trois gouttes de sang à peine séchées roulant sur son nez à partir de l'arcade sourcilière gauche. C'est sûr qu'il valait peut-être mieux cela plutôt que pendant un cours d'anglais, cela dit l'accident était regrettable et il valait mieux prendre ses précautions. Sauf ce soir où elle n'a pas le courage de marcher sous les trombes d'eau qui engloutissent la ville entière. Claudia prend telle rue puis une suivante à gauche, roulant plus ou moins vite selon la circulation, cherchant avec un manque d'aisance le chemin emprunté en raison du fait qu'elle est peu habituée à rentrer chez elle autrement que sur ses deux jambes. Au détour d'une petite ruelle, difficilement praticable, à seulement quelques mètres de chez elle, cette dernière jette un coup d'oeil dans son rétroviseur afin de voir si la manœuvre qu'elle s'apprête à réaliser pour entrer dans la rue étroite fera patienter beaucoup de monde. Personne derrière elle, par ailleurs l'endroit est curieusement désert pour une heure pleine.

Alors que Claudia commence à manoeuvrer son volant, un sentiment d'effroi la prend tout entière en regardant devant elle. Où sont les maisons sur trois étages disposés en blocs caractéristiques de ce quartier ? Où sont passées les rues, les trottoirs ? Plus rien d'autre que l'immensité d'un sablonneux terrain vague. Claudia lève sa main dont sa montre entoure le poignet avec une appréhension grandissante. Elle n'a aucunement vérifié l'heure avant de sortir, mais au vu de celle de la fin de son dernier cours, elle a du entrer dans sa voiture aux alentours de six heures dix. Son regard, complètement frappé par l'inclinaison si faible de la petite aiguille en bas à gauche, la parcourt de son long. Il est huit heures passées. Pour couronner le tout, la grande aiguille a elle aussi déjà fait beaucoup de chemin. Il est huit heures vingt. Presque deux heures sont passées ; Claudia réalise qu'elle a été victime d'un « trou temporel » d'une longueur jamais égalée auparavant. L'endroit est incongru et n'a rien à voir avec toute terre habitée. L'idée d'avoir roulé pendant presque deux heures inconsciemment et de s'être aventurée vers une destination aléatoire, torture son esprit au fur et à mesure qu'elle croît dans sa tête. Elle allume son GPS pour finalement constater qu'elle se trouve dans un trou paumé quasiment à mi-chemin entre deux agglomérations, où une nationale passait à un kilomètre sur sa droite. Elle n'a d'autre choix que de rentrer chez elle dans l'obscurité totale, la boule au ventre.
Il est vingt-deux heures lorsque Claudia franchit le seuil de sa maison, comme « picotée » par un sentiment insondable. Elle se sent « cassée », plus encore que ce que provoquerait naturellement comme peur ce qui venait d'arriver. C'est une sensation indescriptible, c'est en fait un sentiment que Claudia expérimente (car elle n'en ressentait aucun). Sa maladie l'empêche de vivre, ce n'est pas un « point de détail » comme elle pouvait se le répéter périodiquement du temps où elle fermait les yeux sur ce problème. Simultanément, dans un paradoxe insondable, la mélancolie et l'envie de partir la rongent, telle une personne coincée subissant tout ce qu'il lui arrive. C'est la volonté d'une force inconnue ne laissant aucun échappatoire. Claudia réfléchit encore et encore à cette idée qui s'installe au fur et à mesure de la soirée, à quoi tient la singularité de ce « trou temporel » ? C'était le plus long de tous, comme un triste record, se disait-elle. Il y a assurément un fait encore plus troublant par sa nouveauté : elle avait agi normalement pendant tout le « trou », elle avait conduit de sorte de n'avoir aucun accident, le seul problème fut qu'elle se soit déportée de la route à la fin. Dans tous les cas, elle n'avait pas continué en ligne droite, en état d'inconscience, comme deux ans auparavant, mais plutôt pris les chemins comme toute personne normale. « Non ! », hurle Claudia en tapant du poing sur le bureau de sa chambre. Effectivement, il y a autre chose. Dans les recoins les plus profonds de sa mémoire se sont glissés des bribes de ce « trou ».

- Une salle dans le style d'un hangar ou d'une usine désaffectée. Des fils reliant un point du mur en un autre du mur opposé. Ce en beaucoup de points. Une scène improbable, comme un millier d'araignées occupant toute une salle.
- Nous comprendrons ce qui vous arrive, Claudia, de fil en aiguille … réponds-je.

C'est ce qu'elle m'a dit exactement, quand, au bout du rouleau, elle est venue me consulter pour une séance. Comme un psychologue sérieux, je continue d'écouter avec la même attention son histoire, en prenant des notes. Quelque soit la crédibilité de ce qu'elle peut bien raconter, je la laisse poursuivre me dire tout ce qu'elle peut bien avoir envie de me conter. A partir du moment où Claudia se résigne à rassembler quelque autre instant lequel se rappeler, elle décide alors de prendre les devants ; une semaine plus tard, un système de surveillance composée de caméras, et également de micros - car rien n'est jamais trop prudent - est finalement installé dans toute la maison et à l'extérieur de celle-ci. La journée suivante, deux « trous temporels » seulement sont à déclarer. Elle me conte son histoire dans un présent de narration que je pourrais analyser de manière si riche.

Juste après le premier, survenu à l'entrée du couloir à partir de sa cuisine, Claudia se rue sur les enregistrements pour comprendre. Ne connaissant pas l'heure exacte, elle recule instantanément l'enregistrement d'une heure puis le met en avance rapide pour apercevoir le moment fatidique. Son regard se fixe à gauche de l'écran où semble se glisser une ficelle blanche. Ou alors bien plus long qu'une ficelle. En moins d'une dizaine de secondes, le fil, se mouvant inexplicablement sans intervention extérieure, atteint le milieu de l'écran. C'est alors que Claudia se voit elle-même apparaître à l'écran et faire deux pas avant de s'arrêter. Elle revient en arrière et s'aperçoit effectivement qu'une caméra voisine l'enregistrait dans sa marche arrière, entrant dans la cuisine, suivie par un fil. Ne pouvant se souvenir d'avoir réalisé ce mouvement, Claudia se persuade que le « trou temporel » a commencé. La peur grandit soudainement en elle. Un objet piquant semblant guider le fil vient se loger dans le cou de la femme, d'après le visionnage. Ce moment-là de l'histoire atteint, lorsqu'elle me le raconte, provoque chez elle un bégaiement et une perte de fluidité dans ses phrases, incontestablement. Surtout le moment où elle constate dans le miroir avoir une marque de piqûre au cou, proche de la nuque. Je tente alors de la rassurer.

- Ne vous découragez pas Claudia, ne vous arrêtez pas et continuez. Nous comprendrons, de fil en aiguille...
- Je n'ai rien d'autre à vous raconter, je vous ai déjà assez ennuyé. Maintenant je suis au point mort, me répond ma patiente avec un ton marqué par la fatigue.
- Aucun patient ne me fatigue, vous encore moins. Nous allons tester quelque chose pour vous souvenir, et sans doute tout se clarifiera. On procédera de fil en aiguille...

Claudia me regarde avec une expression de gêne involontaire, comme désolée encore de me déranger avec ses problèmes. Elle hausse les épaules et je lui réponds avec un regard bienveillant. Je lui prends la main et la conduis vers un lit blanc cassé au matelas très peu confortable, recouvert d'un papier bleu, comme ceux dont tous les professionnels de santé sont potentiellement dotés. Elle commence à s'allonger pendant que je l'enjoins à se détendre. Elle choisit de respirer profondément à intervalles réguliers puis, la jugeant installée depuis assez de temps, je commence à lui masser la tête. Je lui fais remarquer la lourdeur de ses paupières, à cet instant - ou même précédemment - elle considère peut-être que je ne suis qu'un vulgaire sorcier, plutôt charlatan que vraiment sorcier d'ailleurs, mais dans tous les cas elle se laisse faire. Je lui conte une histoire sur la profondeur de notre esprit et de notre mémoire, entrecoupé de rappels explicites selon lesquels ses « paupières sont lourdes ». Si depuis quelques minutes ses yeux étaient déjà fermés, je la sentais cette fois partir pour s'endormir, ou plutôt plonger dans un état de demi-sommeil. J'arrête alors de lui masser la tête et commence à utiliser son état pour plonger effectivement dans les lieux les plus périphériques de sa mémoire.

« Claudia, vous êtes atteinte d'un problème dont seul le souvenir peut vous sauver, commençai-je sur un ton de berceuse. A présent, vous avez les clefs pour recouvrer vos souvenirs. Vous reconstituerez la clé, de fil en aiguille. »

Les doigts de Claudia se mettent à pianoter avec une fréquence en accélération constante. Sa voix commence, quoique étouffée, à se faire entendre. Je lui demande ce qu'il se passe, elle me répond alors qu'elle roule sur une ruelle en maintenant difficilement le cap de part son étroitesse. Je comprends tout de suite à quoi cela fait référence dans son histoire. Elle commence sans doute à revivre le « trou temporel » le plus énigmatique de tous ceux qu'elle a vécu. A partir de là commence la narration d'abord elliptique puis de plus en plus détaillée d'un voyage en voiture de plus d'une heure. Le pire est que Claudia détaille de plus en plus toute l'action en temps réel. Chaque virage, chaque panneau important est signalé. Elle insiste plusieurs fois sur le fait qu'admirer les paysages des nationales est un spectacle te plongeant dans un océan de sérénité. Cette expression est répétée à foison, alors que quiconque trouverait cela banal. J'écoute patiemment le récit de ma patiente pendant presque deux heures moins le quart en interagissant avec elle le moins possible, de peur de tout faire capoter. C'est dans ses moments que mon assurance en prend un coup. Mon esprit a commencé malheureusement à divaguer quand une phrase prononcée par Claudia retient toute mon attention : elle sort de la voiture. A ce moment-là, le trou temporel est-il fini ? Sans doute pas. Car d'après son récit il se terminait sur un terrain vague, or au moment actuel de son histoire elle se gare sur le bas-côté donc longue route et s'avance vers une maison apparemment abandonnée se trouvant dans un endroit si incongru qu'elle se demande bien ce qu'elle fait là. Claudia avoue explicitement se demander pendant tout le trajet vers cette maison « ce qu'elle faisait là », la poussant à l'explorer. Je choisis alors la prudence en rétablissant le contact oral.

" Tout va bien, Claudia, cette maison est la clé et elle est probablement une étape de cette reconstitution, qu'on réalise... de fil en aiguille. "

Claudia ne prend aucunement acte de cette parole et entre dans un silence inquiétant. Loin de rester inactive, je vois ses jambes étalées sur le lit se mettre à remuer périodiquement de sorte d'imiter des pas, une marche lente et peu assurée... comme celle vers une maison mystérieuse par exemple. Elle s'arrête pour me dire qu'elle entre par une porte en tôle causant un grincement insupportable à entendre. Etonnamment, toute la façade intérieure est en bois, cadrant ainsi une atmosphère de vieille bâtisse abandonnée remplie de secrets cachés sous des tas de poussières et de toiles d'araignée, dans les bouquins rangés avec double rayonnage dans les armoires d'une sorte de vaste bibliothèque. Alors que Claudia formule son effroi au moment où elle entend la porte claquer, de légers spasmes commencent à gagner tout son corps. Mais on ne peut plus reculer, il faut aller jusqu'au bout. Peu de temps après, elle entend un bruit de pas la convaincant que cette maison n'est pas déserte. Elle se tient alors sur ses gardes. Une petite fille entre dans la pièce sans que Claudia ne voit d'où elle peut arriver. Je sens à ce moment ses membres, peu avant redevenus détendus sur le lit où elle était allongée pendant toute la séance, légèrement se crisper. Je me place alors sur le côté du lit pour lui prendre la main et lui insuffler une chaleur rassurante même si elle ne s'en rend pas compte. Sa nervosité ne retombe pourtant absolument pas, encore moins à l'évocation de cette jeune fille.

- Un fantôme ! S'écrit-elle avec une voix stridente d'une forte intensité.
- Claudia, je suis à côté de vous. Nous sommes en train de reconstituer les événements et, de fil en aiguille, nous aurons levé le voile sur votre maladie..., réponds-je sans voir aucune réaction de la part de mon interlocutrice.

Cette fillette est assurément de nature spectrale, Claudia assure ne pas pouvoir nier l'évidence. Elle s'apprête alors à partir en courant. Elle ne peut pas. Ce n'est pas la terreur, c'est juste physique. Elle semble prendre conscience que depuis qu'elle s'est engagée dans cette ruelle, elle n'a choisi aucun mouvement. On aime refouler ce qu'on ne contrôle pas, chez Claudia cela s'appelle un « trou temporel ». Le sentiment qu'elle éprouve à ce moment est une honte profonde et une perte de l'envie de vivre. A présent Claudia commence à formuler des propos incohérents. Ce qu'elle raconte n'a absolument rien de physique, de logique. Déjà précédemment ce n'était pas le cas, m'aurait rétorqué n'importe qui. Mais alors que ma patiente m'a auparavant détaillé tout ce qu'elle a vécu dans cet état de demi-sommeil, à présent elle m'affirme se trouver dans un bois lugubre, sans transition. Elle précise même que le décor autour d'eux s'est subitement transformé. Claudia en a perdu l'équilibre et se blesse même la main en tentant de se rattraper dans sa chute sur cet épais tapis de feuilles mortes. Autour il n'y a rien d'autre qu'elle, la petite fille fantôme restée immobile depuis le début, et une forêt d'arbres nus disposés aléatoirement. Le petit être exerce une force surnaturelle sur les feuilles mortes, qui se meuvent lentement autour d'elle comme une sorte de système stellaire, jusqu'à ce que leurs orbites s'inclinent toutes aléatoirement. Un amas de feuilles se constitue alors comme une sorte de mur de manière très bruyante et se rapproche de la jeune fille avant de remonter sur ses jambes. Soudain, la nuit tombe. Comme cela, le ciel vire du gris au noir total. Rien n'est normal dans ce que Claudia raconte et elle s'en rend compte au vu des tremblements entrecoupés de légers spasmes qui parcourent tout son corps, qui reste de moins en moins tranquille sur le lit.



- Claudia, tout va bien, je suis là. Vous êtes en sécurité, là où votre conscience se trouve, vous êtes invincible. On a procédé, de fil en aiguille, et finalement la vérité est proche de nous, lancé-je en insistant sur le « nous ».
- Comment pourrais-je être invincible quand je ne décide même pas de mes mouvements ?
- Et sans qu'elle y comprenne quelque chose en plus !

La dernière personne à être intervenue par la bouche de Claudia ne pouvait être elle. Une voix à la fois douce et brouillée ; Je reconnais celle d'un mort. La petite fille commence à infiltrer le corps de Claudia, ce qui complique fortement la situation. Cependant on ne peut arrêter si proche du but. Quelque chose frappe alors le regard de Claudia selon ses propres termes. L'espace a commencé, depuis le début de l'apparition de cette forêt, à se déformer avec une lenteur précautionneuse, avec la formation de spirales autour de certains points. Elle affirme sentir un étau se resserrer.

" Où es-tu Claudia ? Tu es double. "
L'autre voix continue à usurper le corps de sa victime. Je rencontre peu souvent ce genre de situation et lutte ardemment pour garder mon sang-froid.
" Tu sens le décor se resserrer autour de toi et tu t'inquiètes, continue-t-elle avec une lenteur caractéristique d'un fantôme et la douceur d'une petite fille. Mais ta conscience, aussi cassée soit-elle, ne le sera jamais définitivement si ton corps est sauf ! Mais où est-il, ton corps ? "

Claudia halète de plus en plus rapidement et fortement puis fait un pas en arrière. Ce n'est pas la peur. C'est contre sa volonté. Elle ne contrôle rien. Son pied arrive sur un obstacle inexplicable qui manque de la faire tomber en arrière. La fillette s'est transportée en arrière sans que la femme ne le remarque. Elle semble inexplicablement matérielle ; le pied de la femme n'a pas traversé celui de la fille. Claudia ouvre la bouche sans qu'aucun son n'y sorte et son cou semble se tortiller comme le signe d'une bataille violente.

- Qui est ton psychologue, jeune femme, continue la petite fille qui a pris le dessus sur les cordes vocales du corps de Claudia. Un psy pratiquant l'hypnose ? Es-tu si naïve ou plutôt désespérée, Claudia ?
- Ne sois pas si familière avec moi, sale gamine !
Je n'aime cette fille trop bavarde. Le petit jeu est maintenant terminé.
- Claudia, elle joue sur ta fatigue psychologique en manipulant le décor !

Claudia saisit la raison de son impuissance. Des fils qui la maintenaient prisonnière, présents depuis le départ, commençaient à apparaître autour d'elles comme entourant tout son corps jusqu'au niveau de la ceinture et également aux chevilles.

" Docteur ! Docteur ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne comprends plus rien ! "

Je pousse Claudia en dehors du lit, considérant que tout cela a assez duré. Quoique que je me mets à prendre peur de la violence de la chute, un choc de cette taille était nécessaire pour la sortir des méandres de son inconscient, de ses recoins les plus profonds de sa mémoire. Je le regarde et lui dis quelques mots pour la rassurer. Claudia se demande ce qu'elle fait là.

" Je vous ai dit : « Aucun patient ne me fatigue, vous encore moins. Nous allons tester quelque chose pour vous souvenir, et sans doute tout se clarifiera. On procédera de fil en aiguille... ». Oui, je me souviens de ce que vous venez de me dire... C'était encore un trou temporel ? Par pitié, dites-moi ce qu'il s'est passé ! "

Il faut absolument que je retombe sur mes pieds.

" C'est exactement cela. C'est ce que je vous ai dit, et sachez bien que vous ne me dérangez aucunement. J'allais vous conduire sur le lit à l'instant. Nous allons tenter de vous faire retrouver le souvenir de ce qu'il s'est passé lors de votre « trou temporel » de deux heures. Voulez-vous vous installer ? "

Je lui prends la main, une aiguille glissée entre mon index et majeur, comme je fis il y a deux heures. Encore une fois, je vérifie qu'une goutte de sang coule au niveau de sa paume. Claudia s'installe alors naturellement sur le lit et commence à narrer son trajet à partir du moment où elle s'engage dans une ruelle étroite.


***


Un mois est passé depuis la toute première séance. Claudia, quelque peu sceptique au début, affirme commencer à retrouver des bribes de mémoire pendant ce fameux « trou temporel ». Elle n'hésite alors plus à revenir en consultation et on a convenu il y a quinze jours d'un rythme d'une séance par semaine. Si cela lui convient, je ne préfère pas la contrarier. Cela se passe alors comme d'habitude. Nous discutons un peu de sa vie. Les « trous temporels » surviennent globalement à la même fréquence que d'habitude, cependant aucun d'entre eux aussi long que celui de deux heures n'est jamais survenu. Ils durent rarement plus de trois-quarts d'heure. Mis à part cela, elle ne rencontre pas de problème particulier.

Cette femme subit sa vie en laissant tout couler, comme si elle ne ressentait aucun goût ni désespoir. Cette femme mérite-t-elle de vivre ? Sans doute, Claudia est un être humain qui mérite de vivre. Mais sa vie n'a pas de réelle valeur. Pas comme celle de ma fille. Ce sont mes regrets qui la rendent prisonnières de notre monde. Elle ne veut pas revivre, alors elle, où plutôt son âme errante, dirige sa colère contre moi en tentant d'informer Claudia de mes plans. Pourtant, je retombe toujours sur mes jambes. Elle veut partir peut-être, mais moi je veux tant qu'elle revive ! Quel désespoir pour un père de perdre sa fille de sept ans !

Il y a quelques années, je vivais dans une maison abandonnée et ma grande passion était la lecture de tout un tas de grimoires ésotériques. Puis j'ai connu Claudia, dans une association d'aide aux devoirs pour les collégiens en difficulté. Comme d'autres, elle m'interrogea si j'avais été témoin d'actes étranges de sa part aux horaires qu'elles m'indiquaient. Quelques jours plus tard, je me rappelai avoir eu vent d'un mal dont elle semblait vraisemblablement souffrir. Sa vie était parsemée de périodes de plusieurs dizaines de minutes dont elle n'avait aucun souvenir. Aucune page ne mentionnait de méthode de guérison. Mais moi, je m'en fichais de cette femme. Pourquoi me serais-je donc évertué à aider cette inconnue ? Le mois dernier, à cause du fait que j'avais énormément changé d'apparence, elle ne m'avait pas reconnu. Moi si. Et j'avais compris que c'était le sujet test idéal pour un des sorts que j'avais appris.

Après que Claudia a fini de parler, de bavarder et de digresser, ou je ne sais quoi encore, je lui prends la main avec la mienne piégée. Elle plonge dans un « trou temporel » et s'allonge naturellement sur le lit, incapable de faire autrement. Mon aiguille magique, quoique son extrémité piquante retirée de sa paume, l'a déjà recolonisée et l'enserre avec le fil qui lui est attaché. Je lui ai déjà pris des semaines entières d'espérance de vie. Assurément, elle ne « vit » pas pendant un « trou temporel », c'est un capital de vie pour ma fille. Quand j'en aurai assez amassé, je pourrai enfin revoir ma fille ! Dieu pourquoi cette dernière manifeste son refus ? Dans quelques temps, je pourrai enfin la serrer très fort dans mes bras, et sentir son cœur battre à nouveau...
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